Bibliographie

Voici une sélection d’ouvrages qui m’ont marqué ou qui me servent dans mon travail. Je sélectionne ici les livres qui peuvent être lus par les personnes en Psychothérapie. Cette liste s’enrichira au gré de mes lectures…

Anne Ancelin Schützenberger « Aïe mes aieux » (1993)

Anne Ancelin Schützenberger présente les fondements de la psychogénéalogie, une approche thérapeutique qui étudie l’influence de l’histoire familiale sur la vie psychique et les comportements individuels. L’auteure montre comment des événements marquants vécus par les ancêtres — deuils non résolus, secrets, traumatismes, exclusions ou injustices — peuvent se transmettre inconsciemment de génération en génération. Ces transmissions se manifestent par des répétitions de dates, de prénoms, de maladies, d’accidents ou d’échecs, que Schützenberger appelle des « loyautés invisibles ».

À travers de nombreux cas cliniques, elle explique l’importance du génosociogramme, outil permettant de cartographier l’arbre familial et d’identifier ces schémas répétitifs. Le livre insiste sur le rôle de la parole et de la prise de conscience : comprendre son histoire familiale permet de se libérer de ces héritages inconscients et de reprendre sa liberté psychique. Sans nier la complexité de l’être humain, l’auteure propose une lecture nouvelle du lien entre passé familial et souffrance actuelle, ouvrant ainsi des pistes thérapeutiques pour mieux se connaître et se transformer.

Elisabeth Badinter « XY, de l’identité masculine » (1992)


Dans XY, de l’identité masculine, la philosophe Élisabeth Badinter analyse la construction sociale de la masculinité et montre qu’elle n’est ni naturelle ni stable, mais historiquement et culturellement déterminée. Elle explique que l’identité masculine s’est bâtie en opposition au féminin : être un homme, c’est souvent ne pas être une femme. Badinter retrace l’évolution de cette identité, depuis la domination patriarcale jusqu’aux remises en cause contemporaines liées au féminisme, à la transformation de la famille et à l’évolution des rôles parentaux. Elle souligne la « crise du masculin », provoquée par la perte des repères traditionnels de pouvoir et d’autorité. L’autrice plaide pour une redéfinition plus souple et égalitaire de la masculinité, libérant les hommes des normes viriles oppressives et permettant une relation plus équilibrée entre les sexes.

Bruno Bettelheim « Psychanalyse des contes de fées » (1976)

Dans cet ouvrage, Bruno Bettelheim montre que les contes traditionnels jouent un rôle fondamental dans le développement psychique de l’enfant. S’appuyant sur la psychanalyse freudienne, il explique que ces récits mettent en scène, sous une forme symbolique, les grandes angoisses infantiles : peur de l’abandon, rivalités fraternelles, conflits œdipiens, violence, mort ou désir. Contrairement aux versions édulcorées modernes, les contes de fées traditionnels abordent ces thèmes de manière claire et parfois cruelle, ce qui permet à l’enfant de reconnaître ses propres émotions et de les élaborer inconsciemment.

Les épreuves traversées par les héros aident l’enfant à comprendre que les difficultés font partie de la vie et qu’elles peuvent être surmontées. Bettelheim insiste sur l’importance de la fin heureuse, qui offre un espoir et favorise la construction de la confiance en soi. Pour l’auteur, les contes ne doivent pas être expliqués ou rationalisés par les adultes : leur force réside précisément dans leur pouvoir symbolique, qui agit directement sur l’inconscient et accompagne l’enfant dans sa maturation affective et psychique.

Lise Bourbeau « Les cinq blessures qui empêchent d’être soi-même » (2000)

Dans Les cinq blessures qui empêchent d’être soi-même, Lise Bourbeau explique que nos souffrances émotionnelles proviennent de cinq blessures fondamentales vécues dans l’enfance : le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice. Pour se protéger, chacun développe un « masque » (fuyant, dépendant, masochiste, contrôlant ou rigide) qui influence ses comportements, ses relations et même sa santé physique. L’auteure montre comment ces blessures se réactivent à l’âge adulte à travers nos conflits, nos peurs et nos réactions excessives. Elle insiste sur le lien entre le corps et les émotions, affirmant que les malaises physiques sont souvent des messages liés à ces blessures non guéries.

Le chemin de guérison passe par la prise de conscience, l’acceptation de soi, la responsabilité personnelle et le pardon. En reconnaissant ses blessures et ses mécanismes de défense, chacun peut se libérer progressivement, retrouver son authenticité et vivre des relations plus harmonieuses. Si certains éléments du livre sont irritants (des liens un peu naïfs avec Dieu et la spiritualité), ce dernier a tout de même le mérite de faire le lien entre les souffrances psychiques et le corps, dans le sillage d’Alexander Lowen et de l’analyse bioénergétique.

Odile Brouet et Caroline Ulmer-Newhouse « La psychanalyse intégrative, une pratique vivante » (2023)

Cet ouvrage propose une approche psychanalytique à la fois rigoureuse et ouverte, qui considère le sujet humain comme un « système de systèmes », intégrant les dimensions corporelle, émotionnelle, langagière et socio-familiale. Elle s’attache à une épistémologie claire, exigeant vigilance et audace de la part des praticiens tout en les invitant à la créativité pour répondre aux évolutions sociétales qui influencent la vie psychique contemporaine.

Fondée sur les travaux de Jean-Michel Fourcade, cette démarche clinique adapte technique et cadre thérapeutique à la singularité du patient et au déroulement du processus analytique, favorisant une écoute profonde et flexible. L’ouvrage collectif, réunissant divers auteurs de la Société française de psychanalyse intégrative (SFPI), la société psychanalytique à laquelle j’adhère, illustre cette pratique à travers de nombreux cas cliniques concrets, permettant au lecteur de comprendre comment cette psychanalyse intégrative s’articule dans la réalité thérapeutique.

Guy Corneau « Père manquant, fils manqué » (2003)

Père manquant, fils manqué explore l’impact psychologique de l’absence — physique ou symbolique — du père sur l’identité masculine. Guy Corneau, psychanalyste jungien d’origine québecoise, montre que le silence et le manque de présence paternelle empêchent souvent les garçons d’intégrer pleinement leur masculinité. Cela se manifeste à l’âge adulte par une peur de l’intimité, une difficulté à exprimer émotions et vulnérabilité, et la tendance à endosser des « masques » : le héros, le séducteur, le bon garçon ou l’éternel adolescent.

Corneau met en lumière pourquoi les hommes ont du mal à trouver leur authenticité et à assumer leur agressivité ou leur sensibilité refoulées, souvent par manque de rites initiatiques et de modèles paternels clairs. En analysant ces blessures générationnelles, il invite à rompre le silence, à comprendre ces dynamiques et à reconquérir une identité masculine plus vraie et plus apaisée, afin de mieux vivre les relations avec soi-même et avec les autres.

Boris Cyrulnik « Un merveilleux malheur » (1999)

Dans Un merveilleux malheur, Boris Cyrulnik explore la notion de résilience, cette capacité à se reconstruire après un traumatisme. À partir de récits cliniques, d’exemples historiques et de sa propre expérience, il montre que la souffrance n’entraîne pas forcément la destruction psychique. Le traumatisme peut devenir un point de départ pour une transformation positive, à condition que la personne trouve du sens à ce qu’elle a vécu. Cyrulnik insiste sur le rôle essentiel de l’entourage, de l’attachement, de la parole et de la culture dans ce processus. La résilience n’efface pas la douleur, mais permet de la métamorphoser. Ainsi, le « merveilleux malheur » désigne ce paradoxe : une blessure profonde peut ouvrir la voie à une nouvelle force intérieure et à une créativité inattendue.

Boris Cyrulnik « Parler d’amour au bord du gouffre » (2014)

Boris Cyrulnik explore dans cet ouvrage l’amour lorsqu’il est fragilisé par les blessures psychiques, les traumatismes et l’insécurité affective. Il montre comment l’attachement, façonné dès l’enfance, influence nos choix amoureux, nos peurs de l’abandon et nos élans de fusion. L’amour peut alors devenir refuge ou vertige, source de réparation comme de souffrance. Cyrulnik analyse les mécanismes biologiques, psychologiques et culturels du lien amoureux, sans idéalisme mais avec empathie. Il insiste sur la résilience : même au bord du gouffre, la parole et la relation peuvent ouvrir un chemin de reconstruction.

Madeleine Davis et David Wallbridge « Winnicott, introduction à son œuvre » (PUF)

Donald W. Winnicott est une des figures majeures de la psychologie de l’enfant et de la psychanalyse au 20e siècle. Le pédiatre anglais a bâti l’ensemble de son édifice théorique sur sa pratique avec les enfants qu’il a reçu pendant des années dans plusieurs hôpitaux de Londres. Winnicott a mis sur pied une véritable théorie du développement de l’enfant.

Ce livre est une excellente introduction à son œuvre et ses principaux concepts (la « mère dévoué ordinaire », la capacité d’être seul, l’objet transitionnel, etc.). Le pédiatre a minutieusement observé les enfants et comment se tisse le lien avec ceux qui prennent soi deux. L’apport de Winnicott est important pour les thérapeutes. Car à bien des égards, le patient qui arrive en thérapie peut s’apparenter à un nouveau-né, et le thérapeute est amené à revisiter avec lui bien des étapes du développement infantile.

Didier Dumas « Sans père et sans parole » (2009)

Didier Dumas explore les conséquences psychiques de l’absence du père et du non-dit familial sur la construction de l’enfant. À partir de son expérience de psychanalyste, il montre que le père ne se réduit pas à une présence physique : sa fonction symbolique est essentielle pour permettre à l’enfant de se situer dans le langage, la loi et la filiation. Lorsque le père est absent, effacé ou discrédité, et que cette absence n’est pas nommée, l’enfant peut se retrouver enfermé dans des troubles du comportement, des difficultés d’apprentissage ou un mal-être profond.

Dumas insiste sur le rôle destructeur du silence et des secrets, qui empêchent l’enfant de donner du sens à ce qu’il vit. Mettre des mots sur l’histoire familiale, réhabiliter la parole et reconnaître la place du père, même manquante, sont alors des conditions nécessaires pour permettre au sujet de se construire et de se libérer de souffrances héritées.

Didier Dumas « La sexualité masculine » (2010)

Dans La sexualité masculine, Didier Dumas analyse la construction de la sexualité chez l’homme à la lumière de la psychanalyse. Il montre que la sexualité masculine ne se limite pas à la performance ou au désir biologique, mais qu’elle est profondément liée à l’histoire affective, au rapport à la mère et à l’identification au père. Dumas met en évidence les fragilités souvent cachées derrière les modèles virils imposés par la société, qui peuvent générer angoisse, inhibition ou comportements excessifs.

Il aborde les difficultés telles que l’impuissance, la peur de l’engagement ou la dissociation entre amour et désir, en les reliant à des conflits inconscients non résolus. L’auteur insiste sur l’importance de la parole et de la reconnaissance des émotions pour permettre aux hommes de se réapproprier une sexualité plus libre, plus consciente et moins soumise aux injonctions sociales ou familiales.

Pr Philippe Even et Pr Bernard Debré « Dépression, antidépresseurs, psychotropes et drogues » (réédition 2018)

Le livre est un guide des médicaments utilisée dans le domaine de la psychiatrie et le traitement de la dépression. Pour les non-spécialistes de la médecine, la description de la biologie du cerveau et des effets des médicaments est difficile. Il ne faut pas s’y arrêter…

Car l’ouvrage est surtout une charge salutaire contre le fameux DSM. Le DSM est devenu la « bible » américain de la psychiatrie, en grande partie financé par les grandes firmes pharmaceutiques. Un mouvement qui tend à médicaliser l’existence. Ce livre questionne aussi l’efficacité de la plupart des médicaments (psychotropes, anxiolytiques, neuroleptiques, antiépileptiques).

Il fait aussi le lien entre les traitements médicamenteux (drugs, en anglais…) et les drogues. Ces dernières sont classées en deux catégories : les drogues calmantes et antidouleur (morphine, héroïne, fentanyl, cannabis) et les drogues excitantes (cocaïne, LSD, ecstasy, amphétamines). La plupart de ces produits ont d’abord été des médicaments avant d’être retirés du marché. Le livre réaffirme la supériorité de la thérapie dans le traitement de la plupart des malaises de l’âme…

Jean-Michel Fourcade « Les personnalités limite » (2011)

Dans Les personnalités limites, Jean-Michel Fourcade, psychanalyste fondateur de la Société française de Psychanalyse (Sfpi), analyse le fonctionnement psychique des personnes présentant une organisation borderline, située entre névrose et psychose. Il décrit une identité fragile, marquée par une instabilité émotionnelle intense, une peur de l’abandon, des relations interpersonnelles chaotiques et des passages à l’acte fréquents. L’auteur insiste sur les carences précoces dans les relations d’attachement, qui entravent la construction du Moi et de la sécurité interne.

Fourcade explore les mécanismes de défense caractéristiques — clivage, idéalisation, dévalorisation — ainsi que la difficulté à symboliser les affects. L’ouvrage met en lumière les enjeux du travail thérapeutique avec ces patients, notamment la nécessité d’un cadre solide, contenant et stable. Il propose une compréhension clinique fine de la souffrance borderline, en soulignant que ces personnalités ne sont ni « incurables » ni volontairement destructrices, mais profondément en quête de lien et de reconnaissance.

Viktor Frankl « Découvrir un sens à sa vie (grâce à la logothérapie) » (1959)

Derrière ce titre et sa couverture très « développement personnel » se cache un récit poignant de ce psychiatre autrichien à propos de son expérience dans les camps de concentration. Il y est déporté en 1942 avec toute sa famille. Il sera le seul à revenir avec sa sœur. Dans son récit, il cherche à comprendre ce qui fait que certains prisonniers aient pu survivre, malgré une moins bonne constitution que d’autres.

Viktor Frankl développe dans ce court essai une réflexion sur la question du sens, qui se trouve souvent au cœur de la thérapie, et sur la notion de responsabilité. Le psychiatre autrichien considère en effet que la plupart des névroses sont imputables à l’incapacité de trouver un sens à sa vie et de se sentir responsable.

Figure plus méconnue que Fritz Perls ou Carl Rogers, Viktor Frankl a développé une approche baptisée « logothérapie » que l’on peut ranger dans les approches de type existentielles.

Sigmund Freud « L’interprétation des rêves » (1900)

L’Interprétation des rêves est le premier grand écrit de Sigmund Freud, qui décide de le dater en 1900 pour marquer l’avènement de la psychanalyse à l’orée d’un nouveau siècle. Le médecin viennois présente le rêve comme une voie privilégiée d’accès à l’inconscient. Selon lui, le rêve n’est jamais absurde : il est l’expression déguisée d’un désir inconscient, le plus souvent refoulé car inacceptable pour la conscience éveillée. Le rêve permet donc à ce désir de se manifester tout en évitant l’angoisse.

Freud distingue le contenu manifeste du rêve (ce dont on se souvient au réveil : images, scènes, récit) et le contenu latent (la signification cachée du rêve, liée aux désirs inconscients). Le passage du contenu latent au contenu manifeste se fait par le travail du rêve, qui utilise plusieurs mécanismes : la condensation (plusieurs idées fusionnent en une seule image), le déplacement (l’importance émotionnelle est transférée d’un élément à un autre), la figuration (les pensées abstraites deviennent des images) et l’élaboration secondaire (le rêve est réorganisé au réveil pour paraître cohérent).

Les rêves utilisent souvent des symboles, notamment liés au corps, à la sexualité ou à l’enfance, mais Freud insiste sur le fait que leur interprétation doit rester personnelle : un même symbole peut avoir des sens différents selon le rêveur. Pour accéder au contenu latent, Freud propose la méthode des associations libres, où le patient exprime spontanément ses pensées à partir des éléments du rêve.

Ainsi, pour Freud, le rêve est une réalisation déguisée d’un désir et un outil essentiel pour comprendre les conflits psychiques, le refoulement et le fonctionnement de l’inconscient. Freud fait l’effort d’écrire son livre sans jargon médical afin de rendre son écrit lisible par le plus grand nombre.

Sigmund Freud « Introduction à la psychanalyse » (1916)

Dans Introduction à la psychanalyse, Sigmund Freud expose les fondements de la psychanalyse à partir d’un ensemble de conférences destinées à un public non spécialiste. L’ouvrage vise à rendre compréhensibles les principes essentiels de sa théorie du fonctionnement psychique et de la cure analytique. Freud y développe d’abord l’idée que la vie psychique n’est pas entièrement consciente. Une grande part de nos pensées, désirs et conflits est refoulée dans l’inconscient, car jugée inacceptable ou source d’angoisse. Ces contenus inconscients ne disparaissent pas pour autant : ils s’expriment de manière détournée à travers les rêves, les lapsus, les actes manqués et les symptômes névrotiques.

L’auteur consacre une place centrale à l’interprétation des rêves, qu’il considère comme la « voie royale » vers l’inconscient. Les rêves traduisent des désirs refoulés sous une forme déguisée, nécessitant un travail d’analyse pour en révéler le sens latent. Freud aborde également la sexualité infantile, notion controversée, qu’il considère comme structurante dans le développement psychique et l’origine de nombreux conflits ultérieurs. Enfin, Freud décrit le processus thérapeutique psychanalytique, fondé sur la parole, l’association libre et l’analyse du transfert. La psychanalyse vise à rendre conscients les conflits inconscients afin de soulager la souffrance psychique. L’ouvrage constitue ainsi une introduction majeure à une nouvelle conception de l’être humain, marqué par le conflit, le désir et l’inconscient.

Sigmund Freud « Malaise dans la civilisation » (1930)

Le Malaise dans la civilisation (1930) est un essai dans lequel Sigmund Freud analyse les tensions fondamentales entre les aspirations individuelles et les exigences de la vie en société. Freud part du constat que les hommes recherchent le bonheur, défini comme la satisfaction du principe de plaisir et l’évitement de la souffrance. Or, la civilisation, en imposant des règles, des interdits et des renoncements pulsionnels, rend ce bonheur difficilement accessible.

Selon Freud, la société se construit sur la répression des pulsions, en particulier sexuelles et agressives. Cette répression est nécessaire pour assurer la coexistence pacifique entre les individus, mais elle engendre frustration, culpabilité et névrose. Le surmoi, instance psychique intériorisant les interdits sociaux, joue un rôle central : il surveille le moi et punit toute transgression par le sentiment de culpabilité, même lorsque l’acte n’a pas été accompli.

Freud souligne également l’importance de l’agressivité humaine, qu’il relie à la pulsion de mort. La civilisation tente de canaliser cette agressivité en la retournant contre le sujet lui-même, ce qui renforce encore le malaise intérieur. Ainsi, plus la civilisation progresse, plus les exigences morales s’intensifient, augmentant le sentiment de culpabilité.

En conclusion, Freud montre que le malaise dans la civilisation est inévitable : la culture protège les individus contre la violence et l’insécurité, mais au prix d’un renoncement pulsionnel qui empêche un bonheur plein et durable. La civilisation est donc à la fois une condition de survie collective et une source permanente de souffrance psychique.

Sigmund Freud « Totem et tabou » (1913)

Totem et Tabou est un ouvrage dans lequel Freud applique la psychanalyse à l’anthropologie pour expliquer l’origine des interdits sociaux et religieux. Il s’appuie sur l’étude des sociétés dites « primitives », notamment le totémisme, où un animal ou un objet sacré représente le clan et fait l’objet d’interdictions (tabous), en particulier l’interdit de l’inceste et du meurtre du totem.

Freud établit un parallèle entre ces règles collectives et les conflits psychiques de l’individu. Il propose le mythe de la « horde primitive » : les fils auraient tué le père tout-puissant qui monopolisait les femmes, puis, pris de culpabilité, auraient instauré des interdits et sacralisé sa figure. Cette culpabilité serait à l’origine de la morale, de la religion et de l’organisation sociale. Freud voit ainsi dans les tabous une expression du refoulement et dans le totémisme une forme archaïque du surmoi. L’ouvrage cherche à montrer que les mécanismes fondamentaux de la vie psychique individuelle et collective sont similaires.

Vincent de Gaulejac « La névrose de classe » (1987)

Dans La névrose de classe, Vincent de Gaulejac analyse les conflits psychiques produits par les contradictions entre l’origine sociale d’un individu et sa trajectoire sociale. Il montre que la mobilité sociale, loin d’être uniquement une réussite, peut engendrer une souffrance profonde lorsque l’individu est pris entre deux mondes sociaux aux valeurs opposées. Cette tension crée un conflit intérieur durable, appelé « névrose de classe », qui se manifeste par des sentiments de culpabilité, d’illégitimité, de honte ou de trahison envers le milieu d’origine, ainsi que par la peur de ne jamais être pleinement reconnu dans le milieu d’arrivée.

S’appuyant sur une approche de sociologie clinique, De Gaulejac articule dimensions sociales, familiales et inconscientes. Il montre que les injonctions familiales, les attentes parentales et l’histoire sociale intériorisée influencent fortement la construction de l’identité. L’individu devient alors le lieu de confrontation entre déterminismes sociaux et désir d’émancipation. Cette lutte intérieure peut provoquer des troubles psychiques, un surinvestissement dans la réussite ou, au contraire, des stratégies d’auto-sabotage.

L’auteur souligne enfin que la névrose de classe n’est pas un problème individuel isolé, mais le produit de rapports sociaux inégalitaires. Comprendre ces mécanismes permet de redonner du sens aux trajectoires personnelles et de penser une articulation plus consciente entre histoire individuelle et histoire sociale.

Serge Ginger « La Gestat thérapie, l’art du contact »

Serge Ginger décrit la Gestalt comme une psychothérapie humaniste, relationnelle et expérientielle, centrée sur le vécu du présent. Elle considère l’être humain dans sa globalité : corps, émotions, pensées et relations avec l’environnement. Le « contact » est le processus fondamental par lequel la personne entre en relation avec elle-même et avec les autres. Les difficultés psychiques apparaissent lorsque ce contact est perturbé, figé ou évité. Plutôt que d’analyser le passé, la Gestalt s’intéresse à la manière dont les problèmes se manifestent ici et maintenant. Le thérapeute, impliqué de façon authentique, favorise la prise de conscience, la responsabilité et l’ajustement créateur, permettant au patient de retrouver liberté, vitalité et capacité de choix dans sa vie et ses relations.

Philippe Grauer et Yves Lefebvre « La psychothérapie relationnelle » (2018)

« C’est la relation qui soigne. Il n’existe de vérité plus grande en psychothérapie » écrit Irvin Yalom dans l’ouvrage « Thérapie existentielle ». Cela semble à première vue un pléonasme. Cela signifie que dans les facteurs qui contribuent au succès d’un travail thérapeutique, la relation entre le patient et le thérapeute est plus importante que la « méthode » ou la théorie sur laquelle s’appuie le thérapeute. Cette vision s’est ancrée depuis une cinquantaine d’année dans de nombreux courants de thérapie.

In fine, ce dont souffre le patient peut être vu comme une perturbation de la relation (relation à soi-même, à autrui, à l’environnement). Faire une « expérience émotionnelle corrective » à travers la psychothérapie, peut réparer ces troubles.

La psychothérapie relationnelle n’est pas une nouvelle « méthode ». C’est une orientation que l’on peut trouver à l’intérieur de plusieurs courants de pensée. Elle est aujourd’hui à l’œuvre aussi bien chez certains psychanalystes, certains psychiatres, psychologues ou psychopraticiens. D’où la vision multiréférentielle développée par les auteurs.

Philippe Grauer (fondateur du Cifpr) et Yves Lefebvre font partie de ceux qui ont conceptualisé et développé la psychothérapie relationnelle en France. Ils l’ont défendue lors des débats sur le titre de psychothérapeute. L’ouvrage revient sur le paysage « psy » en France tel qu’il se présente aujourd’hui, et comment il s’est constitué, et les différentes professions qui œuvrent dans ce domaine : psychiatres, psychanalystes, psychologues-psychothérapeutes et psychopraticiens.

Carl Gustav Jung « La dialectique du moi et de l’inconscient » (1928)

Dans La dialectique du moi et de l’inconscient, Carl Gustav Jung analyse la relation dynamique entre le moi conscient et l’inconscient. Le moi représente le centre de la conscience, garant de l’identité et de l’adaptation au monde extérieur, tandis que l’inconscient contient des contenus refoulés, personnels, mais aussi des structures universelles appelées archétypes. Jung montre que lorsque le moi se coupe de l’inconscient ou cherche à le dominer, des troubles psychiques apparaissent. À l’inverse, une irruption incontrôlée de l’inconscient peut dissoudre le moi. La santé psychique repose donc sur un dialogue équilibré entre ces deux pôles. Ce processus, nommé individuation, vise l’intégration progressive des contenus inconscients dans la conscience, sans perte de l’autonomie du moi. L’ouvrage souligne ainsi que la personnalité humaine se construit dans une tension créatrice entre conscience et inconscient, et non dans la victoire de l’un sur l’autre.

Carl Gustav Jung « Ma vie » (1961)

C’est le point d’entrée dans l’œuvre de Carl Gustav Jung. Dans Ma vie, le psychiatre suisse retrace son parcours intérieur autant que scientifique. Il évoque son enfance marquée par des rêves et des expériences spirituelles, sa formation médicale, puis sa rencontre décisive avec Freud, suivie d’une rupture fondatrice. Jung décrit sa plongée dans l’inconscient, ses visions et son dialogue avec les images intérieures, qui nourrissent ses concepts majeurs : inconscient collectif, archétypes, individuation. Il raconte aussi ses voyages, ses observations des mythes et des religions, et la manière dont ils éclairent la psyché humaine. L’ouvrage mêle souvenirs personnels et réflexion théorique. Écrit à la fin de sa vie, il se lit comme un témoignage intime, où la science dialogue avec le symbolique et la quête de sens.

Mélanie Klein « Envie et gratitude » (1957)

Ce texte n’est pas facile d’accès mais il est fondamental dans l’approche psychanalytique, notamment pour tout ce qui concerne les mouvements psychiques enracinés dans la période archaïque de la petite enfance. Dans Envie et gratitude, Mélanie Klein approfondit sa théorie des relations d’objet en explorant deux affects fondamentaux du développement psychique précoce.

Elle décrit l’envie comme une pulsion destructrice primitive dirigée vers l’objet perçu comme source de satisfaction — principalement le sein maternel — et liée à la pulsion de mort. Lorsque l’envie domine, elle entrave l’introjection d’un « bon objet » stable, fragilisant le moi et les relations ultérieures. À l’inverse, la gratitude apparaît lorsque le nourrisson peut reconnaître et intégrer un objet bon et fiable ; elle favorise la réparation, l’amour et la capacité à préserver les objets internes. Klein situe ces dynamiques dans le passage de la position paranoïde-schizoïde à la position dépressive, moment clé de l’accès à la culpabilité, à la réparation et à des relations d’objet plus matures. L’ouvrage éclaire ainsi les fondements inconscients de la créativité, de la générosité et de la destructivité dans la vie psychique adulte.

Mélanie Klein « Le transfert, et autres écrits » (1995)

Dans ce petit ouvrage, qui est une traduction française de douze extraits de « Envy and gratitude and other works », une grande partie des apports de Mélanie Klein à la psychanalyse sont ici clairement résumés. La psychanalyse d’origine autrichienne, qui a émigré en Angleterre avant la deuxième guerre mondiale, a beaucoup travaillé avec les enfants et sur les aspects archaïques de la psyché, qui se développent dans les tous premiers mois de la vie du bébé.

Mélanie Klein détaille les concepts de pulsion de vie et de pulsion de mort, revient sur ce que qu’elle qualifie de position paranoïde-schizoïde et position dépressive. Elle explique aussi les mécanismes de projection, d’introjection et de clivage, qui sont à l’œuvre très tôt chez le nourrisson. La psychanalyste fait le lien entre ces mécanismes et la formation des instances de la psyché que sont le ça, le moi et le surmoi.

Mélanie Klein & Joan Rivière « L’amour et la haine » (1937)

Ce petit recueil rassemble deux textes fondamentaux de la psychanalyse post-freudienne qui ont d’abord été des conférences, prononcées en 1936. Les deux textes son une proposition d’éclairage sur certains mécanismes psychique profonds, inconscients et archaïques. Ils permettent de retrouver l’origine de certains éléments de la vie d’adulte dans la toute petite enfance.

L’ouvrage explore la manière dont les pulsions d’amour et de haine coexistent dès les premiers mois de la vie psychique. Dans « L’amour, la culpabilité et le besoin de réparation » Klein développe la théorie des positions schizo-paranoïde et dépressive, où l’enfant oscille entre idéalisation et destruction de l’objet (souvent la mère). Elle montre que la capacité à aimer dépend de l’intégration de ces pulsions opposées.

Dans « La haine, le désir de possession et l’agressivité », la psychanalyste britannique Joan Riviere éclaire les mécanismes de défense, notamment la projection, et leur rôle dans les troubles du moi. Le livre illustre l’influence des premières relations sur la vie affective adulte, offrant une lecture essentielle des conflits internes qui façonnent la personnalité.

Peter A. Levine « Réveiller le tigre » (2013)


Réveiller le tigre propose une vision révolutionnaire du traumatisme en montrant que la clé de la guérison ne réside pas seulement dans les mots ou le récit, mais dans le corps lui-même. Peter A.Levine, psychothérapeute spécialiste du trauma, s’appuie sur l’observation des animaux sauvages, qui vivent des situations de vie ou de mort sans rester traumatisés parce qu’ils libèrent l’énergie bloquée par l’activation instinctive (combat, fuite, etc.). Chez l’humain, lorsque cette énergie ne peut ni s’exprimer ni se résoudre, elle se fige, entraînant des symptômes durables de trauma.

L’auteur introduit l’approche somatique appelée Somatic Experiencing, qui aide à écouter les sensations corporelles et à permettre à l’organisme de compléter naturellement les réponses interrompues, rétablissant ainsi la régulation du système nerveux et favorisant la guérison. Le livre combine explications, exemples concrets et exercices pratiques pour comprendre comment le corps peut redevenir un agent actif de réparation après un trauma.

Edmond Marc « Guide pratique des psychothérapies » (2008)


Dans Guide pratique des psychothérapies, Edmond Marc propose une synthèse claire et accessible des principales approches psychothérapeutiques contemporaines. Il présente leurs fondements théoriques, leurs objectifs, leurs méthodes et leurs indications cliniques. L’ouvrage aborde notamment les thérapies psychanalytiques, cognitivo-comportementales, humanistes, systémiques et corporelles, en soulignant leurs points forts, leurs limites et leurs conditions d’efficacité. Edmond Marc insiste sur le rôle central de la relation thérapeutique, de l’alliance entre patient et thérapeute, ainsi que sur l’adaptation de la méthode à la personne et à sa problématique. Ce guide se veut à la fois informatif et pratique, destiné aux professionnels comme aux lecteurs souhaitant mieux comprendre les psychothérapies et choisir une démarche adaptée.

Marcelle Maugin « Être psychothérapeute autrement » (2009)

Cet ouvrage propose une réflexion sur la vocation et la pratique de la psychothérapie au-delà des modèles strictement scientifiques ou médicalisés. Face aux législations qui tendent à encadrer et réduire la psychothérapie à une activité de psychopathologisation ou de diagnostic, Marcelle Maugin réaffirme une conception plus humaine, existentielle et relationnelle de ce métier. Elle s’inscrit dans une lignée de penseurs et praticiens qui voient la psychothérapie comme une quête de sens, ancrée dans une compréhension ontologique de l’être humain, inspirée par la sagesse grecque du « souci de soi » et enrichie par des traditions spirituelles et philosophiques.

Au cœur de ce livre se trouve l’idée que la rencontre entre le thérapeute et le patient-client ne peut se réduire à l’application de techniques ou à l’expertise d’un spécialiste. C’est avant tout une relation vivante entre deux subjectivités. C’est l’écoute véritable, l’engagement personnel, et l’acceptation de sa propre subjectivité qui permettent au thérapeute de transformer un simple entretien en une rencontre authentique où l’autre peut expérimenter un « passage à l’être ». Le psychothérapeute devient alors non seulement un accompagnateur, mais un artisan du changement qui aide l’autre à être plus pleinement lui-même.

L’ouvrage critique les approches qui tentent de standardiser et d’objectiver la psychothérapie. Il encourage les praticiens à embrasser une posture d’humilité et de présence, reconnaissant que le travail sur soi du thérapeute est indissociable de la qualité de la relation thérapeutique. En valorisant une posture éthique et relationnelle, le livre ouvre la voie à une réhumanisation de la psychothérapie et plus largement des rapports humains dans une société contemporaine marquée par la technicisation et la médicalisation des liens sociaux.

Marcelle Maugin « Manifeste pour une pratique pleinement relationnelle de la psychothérapie » (2019)

La loi de 2004, promulguée en 2012, réglementant le titre de psychothérapeute a généré davantage de confusion dans le milieu « psy » et dans le grand public qu’elle n’a réglé de problèmes. Elle tente d’enfermer la thérapie dans une approche des relations humaines « sur le mode relationnel imprégné de logique causale, voire mécaniste, fidèle aux paradigmes scientistes à l’honneur en Occident depuis Descartes » explique l’auteure. Elle favorise « les méthodes les plus objectivantes au prétexte qu’elles sont plus rapides, plus efficaces et que leurs effets en seront plus mesurables, plus en adéquation avec les outils, les valeurs et les finalités d’une culture néolibérale éprise de logique et de contrôle des individus ».

Marcelle Maugin explique comment la psychothérapie devrait être, avant toute choses, la rencontre entre deux personnes, deux sujets. C’est la posture du thérapeute et son positionnement éthique, bien plus que ses méthodes ou sa technique, qui peuvent assurer à la rencontre avec le patient son caractère transformateur. « Donner priorité à la relation comme opérateur d’une transformation psychique revient à s’écarter (..) de tout projet volontariste de modifier ou de reprogrammer le fonctionnement mental d’autrui, car rien n’est plus impossible à anticiper que la relation qui va s’instaurer entre deux sujets humains »…

Alice Miller « Notre corps ne ment jamais » (2004)

Alice Miller montre comment les souffrances psychiques de l’enfance, lorsqu’elles sont refoulées, s’inscrivent durablement dans le corps. Elle explique que l’enfant, pour survivre affectivement, s’adapte aux attentes parentales en niant ses émotions authentiques, notamment la colère, la peur ou la tristesse. Cette répression émotionnelle peut permettre une réussite sociale apparente, mais elle a un coût : le corps finit par exprimer ce que l’esprit refuse de reconnaître, à travers des maladies, des troubles psychosomatiques ou des addictions.

Miller insiste sur l’importance de reconnaître la vérité de son vécu infantile, sans minimisation ni justification des violences subies. Selon elle, la guérison passe par la prise de conscience, l’expression des émotions interdites et la présence d’un témoin empathique. Le corps devient alors un allié, révélant une vérité essentielle que l’on ne peut indéfiniment ignorer.

Alice Miller « Le drame de l’enfant doué » (1979)

Dans cet ouvrage, Alice Miller analyse la souffrance psychique d’enfants dits « doués », non pas au sens intellectuel, mais parce qu’ils développent très tôt une grande capacité d’adaptation émotionnelle. Pour préserver l’amour et la reconnaissance de leurs parents, ces enfants apprennent à refouler leurs propres besoins, émotions et désirs afin de répondre aux attentes parentales, souvent inconscientes. Ce renoncement à leur vrai soi peut être encouragé par une éducation valorisant l’obéissance, la performance et la répression des émotions. À l’âge adulte, ces individus semblent souvent « réussis », mais souffrent de dépression, de vide intérieur ou de troubles psychosomatiques. Miller montre que la guérison passe par la reconnaissance de la souffrance de l’enfant intérieur, la prise de conscience des violences éducatives subies — même subtiles — et l’expression authentique des émotions longtemps niées.

Fritz Perls « Manuel de Gestalt-thérapie : la Gestalt : un nouveau regard sur l’homme » (2020)

Fritz Perls est un personnage singulier de l’univers de la thérapie. Après avoir « importé » la psychanalyse en Afrique du Sud, il s’en écarte alors qu’il séjourne aux États-Unis. Il élabore les principes de la Gestalt-thérapie avec son épouse Laura Perls et les américains Goodman et Hefferline.

Cet ouvrage, plus abordable que celui de 1951 rédigé avec Goodman et Hefferline, est une sorte de « testament professionnel ». Perls y expose les origines de la gestalt thérapie et ses principaux concepts (homéostasie, champ et frontière-contact, etc.). L’auteur consacre également notamment toute une partie du texte à l’origine de la névrose et aux principaux mécanismes névrotique (introjection, projection, confluence, rétroflexion). Il évoque comment le thérapeute peut aider le patient à repérer ces mécanismes et à les dépasser. Un bon ouvrage pour découvrir les principes de la gestalt thérapie.

Clarissa Pinkola Estés « Femmes qui courent avec les loups » (1992)


Femmes qui courent avec les loups est un essai mêlant psychologie jungienne, mythes et contes traditionnels pour explorer l’archétype de la Femme Sauvage, symbole de l’instinct, de la créativité et de la sagesse profonde des femmes. L’autrice montre comment la société moderne, par ses normes et ses peurs, a souvent étouffé cette nature instinctive, entraînant perte de vitalité, de sens et d’intuition. À travers l’analyse de récits anciens venus de diverses cultures, elle invite les femmes à se reconnecter à leur voix intérieure, à leurs cycles naturels, à leur force créatrice et à leur capacité de guérison. Le livre propose un chemin de transformation personnelle : reconnaître ses blessures, protéger son âme, accepter la mort symbolique de certains aspects de soi pour renaître plus authentique. C’est une œuvre à la fois thérapeutique, spirituelle et poétique, qui encourage l’émancipation intérieure et la reconquête de la liberté d’être pleinement soi.

Otto Rank « Le traumatisme de la naissance » (1924)

Otto Rank soutient dans cet ouvrage que la naissance constitue le premier traumatisme psychique fondamental de l’être humain. La sortie du ventre maternel marque une rupture brutale avec un état de sécurité, d’unité et de satisfaction totale. Cette expérience originaire d’angoisse laisserait une trace inconsciente durable qui influencerait toute la vie psychique. Selon Rank, les angoisses ultérieures, les névroses, mais aussi le désir, l’amour et la créativité trouvent leur origine dans cette séparation première. Il s’éloigne ainsi de Freud en relativisant le rôle central du complexe d’Œdipe au profit du traumatisme préœdipien. Pour Rank, la thérapie vise moins l’interprétation du passé que la capacité du sujet à revivre et dépasser l’angoisse de séparation, afin de conquérir une autonomie psychique et une affirmation créatrice de soi.

Carl Rogers « La thérapie centrée sur la personne » (1951)

Dans La thérapie centrée sur la personne, Carl Rogers expose les fondements théoriques et pratiques de son approche humaniste de la psychothérapie. Il rompt avec les modèles directifs et psychanalytiques en plaçant le client au centre du processus thérapeutique. Rogers affirme que tout individu possède une
tendance actualisante, une capacité innée à se développer et à résoudre ses difficultés si le cadre relationnel est adéquat.

Le rôle du thérapeute n’est pas d’interpréter ni de conseiller, mais de créer un climat psychologique favorable fondé sur trois conditions essentielles : l’empathie, l’authenticité (congruence) et le regard positif inconditionnel. L’ouvrage s’appuie sur de nombreux exemples cliniques et montre que la qualité de la relation thérapeutique est le principal facteur de changement. Rogers élargit également son modèle à l’éducation, aux relations humaines et à la société, faisant de son approche une véritable philosophie de la personne et de la relation.

Marshall B.Rosenberg « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » (2015)

Marshall Rosenberg est un psychologue clinicien s’intéresse à la résolution de conflits. Enfant, il grandit en Afrique du Sud dans une société marquée par l’apartheid et la violence. Il développe un modèle de résolution des conflits par la communication non violente (CNV). Il propose un modèle simple basé sur l’observation des faits, les sentiments ou émotions, l’expression des besoins, et la possibilité d’effectuer une demande à la personne avec laquelle on est en conflit.

Simple dans son approche et son propos, la CNV est néanmoins assez difficile à mettre en pratique. Elle fournit néanmoins une compréhension de ce qui se joue dans un conflit (la plupart du temps un manque de communication). Elle donne des repères et une direction pour les personnes qui sont en difficulté dans un conflit. Or nous sommes tous sans cesse pris dans des conflits : dans la famille, dans le couple, dans le milieu scolaire, etc. L’ouvrage peut donc être utile à tous…

Elisabeth Roudinesco « Freud en son temps, et dans le nôtre » (1994)

Dans Freud en son temps (1994), Élisabeth Roudinesco replace Sigmund Freud dans son contexte historique, culturel et politique afin de dégager la portée réelle de son œuvre. Elle montre que la psychanalyse n’est pas une théorie intemporelle, mais le produit d’une époque marquée par la fin du XIXᵉ siècle viennois, les bouleversements scientifiques, les tensions sociales, l’antisémitisme et l’effondrement des certitudes rationalistes.

Roudinesco insiste sur la double dimension de Freud : à la fois savant héritier des Lumières et penseur de l’inconscient, introduisant une rupture radicale dans la conception du sujet. Elle analyse les résistances rencontrées par la psychanalyse, ses conflits internes, ses dérives dogmatiques et ses usages idéologiques au XXᵉ siècle. L’auteure défend une lecture critique mais non hostile de Freud : reconnaître ses limites, ses erreurs et son inscription historique permet, selon elle, de préserver la fécondité de la psychanalyse comme pensée du conflit, du désir et de la singularité humaine, plutôt que comme doctrine figée.

Noël K.Salathé « Psychothérapie existentielle »

Le livre, rédigé à l’attention des étudiants thérapeute et des cliniciens, est une excellente synthèse de la perspective de la Gestalt Thérapie. Elle en précise les origines, les fondements à partir de la pensée de la psychanalyse freudienne ainsi que de l’approche reichienne, mais aussi de la Gestalt Psychology allemande. Elle prend aussi ses racines dans la phénoménologie et l’humanisme existentialiste.

Le livre explique comment chaque thérapie s’articule au fond autour des grandes contraintes existentielles : la responsabilité, la question du sens, la finitude, la solitude, la limitation et l’imperfection. Ces contraintes sont des « données premières de la condition humaine, contre lesquelles la personne vient buter » explique l’auteur. L’ouvrage propose également une approche des caractères (oral-fusionnel, hystérique, narcissique, masochiste, compulsif-rigide, paranoïaque, sociopathe) intéressante pour le clinicien.

Jean-Paul Sartre « L’existentialisme est un humanisme » (1946)

Ce texte est issu d’une conférence donnée à Paris le 29 octobre 1945 à la demande du club Maintenant. Plutôt facile d’accès, le texte vise à préciser la pensée existentialiste du philosophe, notamment développée dans « L’Etre et le néant ». Une pensée souvent résumée à quelques phrases-slogans comme « L’existence précède l’essence ». Jean-Paul Sartre répond à des critiques sur le pessimisme de son approche. Ainsi, les courants de thérapie humaniste reprennent à leur compte les approches de l’existentialisme, notamment les notions de subjectivité, d’angoisse, de liberté, de choix, de responsabilité et d’engagement, ou encore d’acte. 

« Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l’autre, écrit Sartre. L’autre est indispensable à mon existence, aussi bien d’ailleurs qu’à la connaissance que j’ai de moi. Dans ces conditions, la découverte de mon intimité me découvre en même temps l’autre, comme une liberté posée en face de moi, qui me pense, et qui ne veut que pour ou contre moi. Ainsi découvrons-nous tout de suite un monde que nous appellerons l’intersubjectivité, et c’est dans ce monde que l’homme décide ce qu’il est et ce que sont les autres ». Une belle introduction à la démarche psychothérapique.

Bessel Van der Kolk « Le corps n’oublie rien » (2014)

Le psychiatre américain d’origine néerlandaise Bessel Van der Kolk explore dans cet ouvrage les effets durables des traumatismes sur le corps et l’esprit. Il montre comment les expériences traumatiques modifient profondément le cerveau, la mémoire et les réponses émotionnelles. Il a beaucoup travaillé sur la question du stress post-traumatique, notamment au début de sa carrière avec les vétérans de la guerre du Vietnam.

Pionnier sur ces questions, il a pu s’enthousiasmer pour le développement de la pharmacologie au service de la psychiatrie, avant de s’en détourner. Le livre met en lumière l’importance de prendre en compte le corps dans la guérison du traumatisme, en allant au-delà des approches purement verbales. Van der Kolk propose des thérapies alternatives telles que le yoga, l’EMDR ou le théâtre pour aider les survivants à se reconnecter à eux-mêmes. Fondé sur des décennies de recherche clinique, cet ouvrage révolutionne notre compréhension du traumatisme et ouvre la voie à une guérison plus complète.

Donald W.Winnicott « La capacité d’être seul » (1958)


Court, facile à lire, ce petit essai n’en est pas moins essentiel. Dans La capacité d’être seul, Donald W. Winnicott explique que savoir être seul n’est pas un isolement, mais une capacité psychique qui se construit grâce à la relation à l’autre. Le bébé développe cette capacité lorsqu’il peut être seul en présence d’un adulte fiable, généralement la mère, qui assure une présence sécurisante sans intrusion.

Cette expérience permet à l’enfant d’intérioriser une figure protectrice et de se sentir en sécurité même en l’absence réelle de l’autre. Être seul devient alors possible sans angoisse. Pour Winnicott, cette capacité est un signe de maturité affective : elle permet la créativité, le jeu, la pensée personnelle et l’autonomie. À l’inverse, l’incapacité à être seul peut traduire une dépendance excessive ou une insécurité liée à des carences précoces. Ainsi, la solitude féconde repose paradoxalement sur une relation suffisamment bonne à autrui.

Donald W.Winnicott « Jeu et réalité » (1971)

Jeu et réalité explore le rôle fondamental du jeu dans le développement psychique de l’enfant et dans la vie créative de l’adulte. Winnicott montre que le jeu se déploie dans un espace transitionnel, situé entre la réalité intérieure (le monde subjectif) et la réalité extérieure partagée. Cet espace apparaît grâce à une relation suffisamment sécurisante avec la mère, dite « suffisamment bonne », qui permet à l’enfant d’expérimenter, de créer et de symboliser sans angoisse excessive. Les objets transitionnels (doudou, couverture) incarnent ce passage entre dépendance et autonomie.

Pour Winnicott, la capacité de jouer est essentielle à la santé psychique : elle fonde la créativité, la culture et le sentiment d’exister de façon authentique. À l’inverse, l’échec de cet espace peut mener à un faux self, adapté mais appauvri intérieurement. Le jeu devient ainsi un modèle du fonctionnement psychique vivant, en thérapie comme dans la vie.

Donald W.Winnicott « La mère suffisamment bonne » (1966)

Encore un écrit court mais indispensable. Dans La mère suffisamment bonne, qu’il faudrait d’ailleurs plutôt traduire La mère ordinaire normalement dévouée, Donald W. Winnicott développe une conception nuancée et profondément humaine de la relation mère-enfant. Il s’oppose à l’idéalisation d’une mère parfaite et montre que le développement psychique de l’enfant repose au contraire sur une adaptation « suffisamment bonne » de la mère aux besoins de son bébé.

Dans les premiers temps de la vie, la mère répond de façon quasi totale aux besoins de l’enfant, lui donnant l’illusion d’une toute-puissance nécessaire à sa sécurité psychique. Progressivement, elle se désengage, introduisant de petites frustrations qui permettent à l’enfant de découvrir la réalité extérieure et de construire son autonomie.

Winnicott insiste sur l’importance du cadre affectif sécurisant, du holding (le fait de porter, contenir psychiquement), et de l’environnement facilitateur. Il montre que les défaillances graves ou répétées de cet environnement peuvent entraver la construction du vrai self et conduire à des troubles psychiques. À l’inverse, une mère imparfaite mais présente, capable d’empathie et de réparation, permet à l’enfant de se développer de manière créative, stable et authentique. Ce concept libérateur redonne confiance aux parents et souligne le rôle central de la relation dans la santé mentale.

Irvin Yalom « L’art de la thérapie » (2002)

« S’inquiétant de voir la psychothérapie de plus en plus altérée pour des raisons d’ordre économique, et appauvrie par des formations allégées, Irvin Yalom a voulu s’adresser aux nouvelles générations de thérapeutes et de patients » peut-on lire sur la quatrième de couverture. En s’inspirant des Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, Yalom formule ses conseils aux jeunes thérapeutes et esquisse les contours de la thérapie existentielle.

La psychothérapie existentielle postule que le conflit interne qui nous perturbe et notre désespoir découlent en partie de notre confrontations aux « données » de l’existence : la mort, l’isolement, le sens de la vie et la liberté. Dures réalités de la condition humaine…

Irvin Yalom « Thérapie existentielle » (1980)

Voilà un ouvrage fondamental qui construit une approche de la psychothérapie centrée sur les “quatre préoccupations ultimes” qui structurent l’existence humaine : la mort, la liberté, l’isolement et l’absence de sens. Yalom explique que ces thèmes, inévitables dans toute vie humaine, sont à l’origine d’une grande part – sinon de toute – souffrance psychologique : la conscience de sa propre mortalité génère de l’angoisse, la liberté implique la responsabilité totale de ses choix, l’isolement révèle la solitude essentielle de chaque individu, et la quête de sens confronte à un univers souvent indifférent.

Pour Yalom, la thérapie ne consiste pas à appliquer des techniques standardisées, mais à accompagner le patient dans la confrontation avec ces réalités existentielles. L’objectif n’est pas simplement de réduire des symptômes, mais de permettre une transformation profonde de la manière de vivre et de s’affirmer dans le monde. En s’appuyant sur sa longue pratique clinique, il illustre comment ces préoccupations se manifestent dans la personnalité et dans différents comportements pathologiques, et comment leur exploration peut ouvrir des voies de croissance personnelle.

L’auteur montre que la thérapie existentielle est autant une quête de sens qu’un accompagnement psychologique. Yalom redéfinit la psychothérapie comme un espace où l’on apprend à habiter sa propre vie, à accepter la responsabilité de ses choix, à créer du lien malgré l’isolement et à forger un sens personnel à l’existence.

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A Nantes, je reçois les lundi, mardi et mercredi dans mon cabinet proche de la cathédrale. A Paris, je reçois les jeudi et vendredi toutes les deux semaines, au sein du CPBPL, au métro Père Lachaise.

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